De quel sujet cette photographie peut-elle bien parler ?



De quel sujet cette photographie peut-elle bien parler ?

En postant cette photographie sur un réseau social, une critique est remontée, sur la présence presque géante de cet effet violet de lumière sur le visage du modèle.

Mais avant tout, qu’est-ce que ce filet violet de lumière, vient-il faire sur le visage du modèle? Pour certain, il peut en effet dérouter l’envie du spectateur de voir simplement une représentation du modèle selon un point de vue réaliste, et ressentir une gène par rapport à une réalité que j’ai volontairement détournée. Mais le point de vue réaliste n’est pas ce que j’ai voulu faire. Sans l’effet violet de lumière, le rendu aurait rapprocher mon modèle d’une belle photo de portrait, mais m’aurait écarté telle que l’image est ici présentée, de l’image de l’une de ces femmes d’un autre monde marchant sous les feux de l’éclairage artificiel d’un quai de Seine parisien, un joli soir d’été.



Nous avons avant toute autre réflexion sur ce portrait, une image idéalisée. Si vous vous prenez avec un smartphone en selfie, avec un fond uni derrière vous, vous verrez bien la différence. Comme vous pouvez le voir, le traitement de l’image, sur la peau, le tissu de la robe et même le fond est parfait. Aucun détail n’a été épargné, et si l’on zoomait en gros plan sur l’image, je doute que quiconque puisse trouver un défaut. En tout cas c’est à ça que je m’en suis tenu. Les éclairages professionnels et les ombres travaillées ensuite, viennent sublimer le modèle, pour la présenter telle que nous la voyons. Le dispositif mis en place autour de la photo, fait parti pour beaucoup du résultat de la photo. Je n’ai donc pas tenté ici de présenter mon modèle sous un point de vue réaliste, mais bien celui d’un point de vue qui la sublime, idéalisé, avec tous les outils que la modernité nous permet d’utiliser. Cependant j’ai tout de même souhaiter rester sur terre, si l’on peut dire ainsi, en quelque sorte sur la partie basse de l’image. Et c’est là que le discours de cette photographie prend forme.

Vous avez devant vous une projection émotionnelle, donc imaginée, d’une réalité souhaitée. Pour faire simple, d’un fantasme mais qui se voudrait réel. C’est très commun dans nos sociétés modernes, et c’est aussi une forme d’espoir qui vit en chacun de nous, largement alimenté à tord ou à raison, du point de vue de la construction de son image. Je souligne ici cette démarche avec cette légère touche de lumière violette, au niveau du visage, et bien entendu avec tout le traitement de l’image qui la sublime, décrit juste avant. Le tout prend donc en compte le côté fantasmé de l’image. Mais le modèle part cependant d’une « réalité », par le seul fait de sa présence devant mon objectif et d’une partie de la lumière, que je n’ai pas vraiment modifiée en dessous du visage. Toute cette partie de l’image, est en accord avec la température du set de lumière utilisé lors de la prise de vue. Je n’ai pas voulu basculer dans une idéalisation totale de l’image, mais de présenter un fantasme qui reste tout de même les pieds sur terre, justement avec cette lumière « naturelle » qui s’étend sur une bonne partie de l’image. C’est avec cette touche lumineuse violette que le modèle bascule au delà du réel, et pour certain cela a été gênant, je peux le comprendre. Mais pas pour le propos que je souhaite exprimer.

Arrêtons nous sur la position du corps du modèle, que je salue par ailleurs pour la sensibilité et la créativité dont elle a fait hautement preuve. Lorsque nous regardons la position du corps, ondulé, le modèle exprime bien une envie, un chemin qui se dessine au fur et à mesure que son corps prend une autre direction, pour finir vers une direction où elle souhaite se diriger. Avec les traits du visage épanouis qui nous indiquent cet univers émotionnel recherché et souhaité par le modèle, nous arrivons au bout de ce chemin, de cet univers recherché. Le filet de lumière violet ne vient que renforcer ce fantasme, la projetant dans cette univers, et c’est pour cette raison que je l’ai placé à cet endroit précisément, mais que le modèle vit cependant réellement devant nous. Nous sommes donc devant une dualité de l’image.. Je dirai entre intérieur et extérieur. Ce qui est très caractéristique de nos sociétés civilisées d’aujourd’hui… Mais qui reste tout de même une grande problématique quand à la question du développement de l’image individuelle personnelle de chacun VS celle du modèle. Comment vivre bien face à cette dualité ???

Entre fantasme et réalité, nous voyons un univers qui s’invite donc à vivre réellement un fantasme devant nous, le temps d’une photographie. A remplir à l’aide de son imagination, son entourage pour le moment vide, sans décors, représenté par le fond nu, de ce que cet univers ressent et qui ne demande qu’à être transposé dans son quotidien. Un quotidien qui n’est pas encore là, les yeux ouverts, ou qui est peut-être en devenir, mais qu’elle visualise bien concrètement intérieurement les yeux fermés.

Cette photographie entre imaginaire et réalité, mais surtout imaginaire qui ne demande qu’à être réalité, parle d’un idéal de ce que toute jeune femme souhaiterait vivre au réel dans son quotidien. Alors nous pourrions nous questionner sur qu’est-ce que deviennent nos fantasmes dans le monde réel ??? Peuvent-ils devenir réalité ??? Ou même doivent-ils devenir réalité? Mais je souhaiterais surtout finir sur le fond du sens de cette photographie, et je pense que vous l’aurez tous très bien compris, sur l’importance du lien à construire entre son propre univers émotionnel intérieur et une image extérieure qui nous permettent à elles deux, de vivre bien dans le réel. Ou de bien vivre sa réalité, si cela vous convient mieux…

Le commentaire d’image ici réalisé, ne porte que sur une interprétation universelle des formes représentées, et non sur le modèle lui-même.

Merci à Kim Maï Bonnier pour sa participation à la réalisation de cette image.

Réalisation de l’Image :  Jean-philippe Pimentel
Modèle et Comédienne : Kim Maï Bonnier

Réalisé avec un LEICA M8.2
Plusieurs éclairage PROFOTO
Fond papier
Plusieurs modeleurs Elinchrom
Version 20 de Photoshop
Version 12 de capture One

La Photographie n’est pas qu’une question de Clic…



La Photographie n’est pas qu’une question de Clic…

PEUX-T’ON SE PASSER DE LA POST-PRODUCTION EN PHOTOGRAPHIE ?

Dernièrement j’ai posté une de mes photographies sur un réseau social. Une réaction est remontée sur le principe que l’appareil photo ne fait pas le Photographe, mais que néanmoins il joue quand même sur le résultat final.

Oui et non. Même si vous avez la meilleure marque du marché, il faudra toujours passer par la post-production pour obtenir un résultat final magnifique… Par exemple vous n’obtiendrez jamais le résultat ici obtenu sur cette photographie, juste en appuyant sur le déclencheur d’un LEICA M8.2, celui que j’ai utilisé pour cette photographie.



Avec le numérique la photographie s’est entourée de merveilleux outils, les logiciels de retouche d’image. En argentique le procédé existait déjà. Je salue par ailleurs l’exercice. Il consistait lors de « l’impression » de la lumière sur le papier à l’aide d’une tireuse, de cacher, souvent à la main, certaines parties du papier photo. Cela permettait d’ajouter plus ou moins de la lumière sur les parties de l’image désirées. Et bien entendu, d’ajouter des ombres. Aujourd’hui c’est beaucoup plus « facile » mais beaucoup plus long, puisque les logiciels de retouche nous permettent aussi d’aller vraiment beaucoup plus loin. Quand je dis facile, c’est une façon de parler, lorsque l’on considère qu’il faut passer par de grandes formations, pour comprendre le concept d’un logiciel puissant de retouche d’image. Par exemple à partir de cette image, j’aurai pu transporter mon modèle dans le temps pour l’insérer dans un environnent futuriste… Ce que je n’aurais jamais pu faire en argentique et quand bien même un photographe aurait tenté par une surimpression de deux négatifs l’un après l’autre sur la tireuse de réaliser cet effet, ce dernier n’aurait jamais égalé les traitements de post- production actuels. Placé un sujet dans un contexte différent de celui de son contexte d’origine est une pratique très courante de nos jours, et les résultats sont époustouflants. Désolé Roland Barthes… La photographie a bien changé…

Je pense qu’un bon appareil photo sert de base. Il me semble que c’est le terme approprié, pour ensuite continuer à travailler sa photographie. Un travail comme celui que vous voyez, prend trois journées complètes de post-production. C’est le prix à payer pour arriver à ce résultat. Mais selon moi, cela en vaut vraiment la peine. Lorsque je souhaite idéaliser une situation en photographie, tout d’abord je travaille sur mon modèle. J’améliore tout. Quand je dis tout, c’est jusqu’à aller améliorer une poussière qui pourrait gêner en gros plan mon travail. C’est un vrai travaille de « restaurateur » pour moi. Puis j’entre en relation en tant que Peintre avec mon image. J’enlève tous les défauts, je joue avec les teintes, j’assouplie les zones qui le demandent. Tout est travaillé au millimètre… Et c’est un vrai plaisir. Contrairement à la doxa générale, le travail de post-production n’est pas une contrainte. Mais un vrai plaisir de retouche, de créativité. Le photographe qui fait cette approche comme je la fais, devient le temps de la retouche un vrai peintre. J’ai par ailleurs fait beaucoup de peinture, c’est un sujet que je connais bien… Seul les photographes qui travaillent à la chaîne trouveront la post-réduction contraignante.

Un photographe qui se vantera alors d’avoir réalisé une très belle photographie sans retouche est malhonnête. Des grands photographes se sont vantés de cette démarche, et je peux vous dire que c’est faux. Après le travail sur le modèle, il y a le travail, sur la lumière et bien entendu sur les ombres. Sur cette photographie, il serait impossible d’obtenir toutes ces belles ombres associées aux parties plus relevées sur le modèle, sans la post-production. La « cuisine » pour ce genre de processus est assez compliquée de plus. Mais une fois les outils maitrisés, il est alors possible d’ajuster vos effets selon votre vision finale de la photographie. A titre d’exemple, si on devait quantifier le nombre de retouche en nombre de click pour réaliser les retouches faites sur cette photographie, et là encore ce n’est qu’une approximation raisonnable, il faudrait largement arriver à un chiffre à trois zéro compris dans les doigts d’une main.

Alors non, l’appareil ne fait pas la photo. C’est le photographe qui l’a fait, d’une part à la prise de vues, et je ne parlerai pas ici du travail d’Auteur, qui est un travail qui peut prendre beaucoup de temps, pour développer un point de vue original. Puis d’autre part c’est la post-production qui continu et fini, et en grande partie, la photographie. Prétendre le contraire serait à mon sens prétentieux… Tout appareil photographique n’est qu’une base sur laquelle s’appuyer. Et bien évidemment, plus vous aurez du matériel de qualité, plus vous aurez de bonnes bases.

Cette photographie a été réalisée avec la Participation de Kim Maï BONNIER – Modèle et Comédienne

Avec un LEICA M8.2.
Plusieurs éclairage PROFOTO
Plusieurs modeleurs Elinchrom
Dernière version de Photoshop
Dernière version de capture One

Travailler avec Kim Maï Bonnier



Travailler avec Kim Maï Bonnier

Home  – Le Blog

L’esprit de la séance était de travailler sur le clair obscur. De se rapprocher au plus d’une image baroque. Et ainsi de soutenir l’Univers personnel d’un moment de Kim, dans cette splendide robe. A cela, je souhaitais idéaliser cette image, par un traitement en post-production. Ce que j’ai fait une fois le shooting terminé.

Kim est modèle et comédienne. Elle maitrise parfaitement les images extérieures qu’elle souhaite exprimer. Pour cette séance, je joue simplement le rôle du miroir de façon à lui refléter l’émotion qu’elle me renvoie. Je n’ai pas besoin d’en faire plus. Ce qui a pour effet de valider ou non ce qu’elle exprime et d’avancer tranquillement avec assurance sur l’émotion qu’elle veut exprimer. Avec Kim, c’est un jeu d’enfant et la moindre réaction de ma part lui permet d’être créative. Je n’ai donc pas eu besoin de la guider.

C’était un réel plaisir de travailler avec Kim.


ASPECTS TECHNIQUES DE LA SÉANCE:

Durée de la séance, avec séance de maquillage et choix des prises de vues: 3 heures 30

Matériel: boitier LEICA M8.2 – Objectif Summarit LEICA 50 mm et Summicron LEICA 35 mm pour les plans pied

Eclairage: profoto – modeleurs Elinchrom